La beauté dans l'art contemporain : rencontre provinciale des Séminaristes
Du 22 au 24 mars, les séminaristes d’Aix se sont déplacés chez leurs pléthoriques voisins de Toulon. Leur séminaire s’est transformé en une Jérusalem de circonstance qui a vu affluer vers lui, non pas toutes les nations, mais tous les séminaires de la province. Quelle était donc la cause d’un tel déplacement de foule ? Un concert de la dernière vedette gominée à la mode ? L’annonce solennelle d’une réconciliation universelle jusqu’à la fin des temps? La combinaison gagnante du prochain tirage du loto ? Une baisse conséquente des prix du logement partout en France ? Non, rien de tout cela ! Encore que, il y a peut être un peu de tout cela, précisément !
Il s’agissait tout simplement de se retrouver autour d’un thème d’une actualité on ne peut plus actuelle : J’ai nommé l’art contemporain ! Clap clap clap ! Merci pour lui !
A priori, lorsqu’il est question de l’art contemporain, les sourires sarcastiques flottent allègrement sur les visages déconfits, la sueur froide glisse prestement le long du cou, et le réflexe se fait conservateur, fût-il E 112 ou A 350.
Et l’on peut dire que la majorité des néophytes que nous étions y est allé en traînant des pieds les mains accrochées au volant et la tête dans les nuages, pensant avec nostalgie à un ailleurs plus lumineux , ce qui relève de la performance acrobatique quand on y réfléchit !
Pourtant, nous avions déjà planché sur le sujet en concoctant un patchwork multimédia faisant virevolter musique asymétrique et pure architecture, le tout enrobé de quelques vers anachroniques. Nous étions prévenus.
Quelle ne fut pas notre surprise ! Arrivés à Toulon, le temps de faire connaissance avec tout ce beau monde venu honorer le même apostolat de la beauté, nous avons eu la grande satisfaction d’être excellemment introduits dans le sujet par Fabrice Hadjadj.
A bas, fausses idées ! Au diable, préjugés !
L’art contemporain a sa légitimité !
« Si nous attendons que l’art soit systématiquement le véhicule d’un message clair, nous sombrons alors dans le fondamentalisme le plus obscur ! Il faut savoir accueillir les richesses de la culture et ne pas asservir l’art à un message à donner. L’art est d’abord recherche du beau, non recherche du vrai ». Voilà quelques formules bien senties qu’il était bon de réentendre.
Oui, mais voilà : Tout le monde est d’accord pour affirmer que l’art est d’abord recherche du beau. Mais il semble quand même, du moins à première et courte vue, que l’art contemporain est loin de la beauté autant que l’orient est loin de l’occident. Alors, que penser ? La réponse tombe, nette et implacable. En substance, elle dit ceci :
A l’origine de l’art contemporain, il y a l’art moderne. Et ce qui caractérise l’art moderne, c’est la recherche du lieu pur de chaque art. Ainsi en poésie, on recherche la pure musicalité des mots. En peinture, on travaille essentiellement le rapport entre formes et couleurs, sans recherche de représentation. En musique, les phrases rhétoriques classiques sont rejetées. Son lieu propre est la pure sonorité, sans cadence.
L’art contemporain est donc l’héritier de cette nouvelle approche. Et l’on comprend bien mieux, dès lors, le glissement progressif qui le caractérise : un glissement de l’artistique, sous tendu par les notions de savoir faire et de métier, vers l’esthétique, qui se définit par sa recherche d’un effet de l’œuvre sur le public, l’œuvre passant au second plan. L’art comme tel a tendance à disparaître, sans que cela signifie pour autant l’exclusion du beau.
Cette nouvelle perspective artistique surgit de la conscience de la tragédie du XXe siècle. Le mouvement « dada » en est l’illustration : La beauté des musées n’est rien, car elle n’a pas empêché les charniers de la 1ère guerre mondiale. La volonté de railler à tout vent, de s’extirper d’une esthétique bourgeoise fascinante et malsaine devient alors terriblement légitime.
Dès lors que postérité rime avec horizon bouché, il devient inutile de vouloir œuvrer pour l’avenir, d’où la recherche toute logique d’un succès immédiat. Et puisqu’il y a méfiance exacerbée à l’égard du beau, l’hyper provocation, l’hyper moralisation devient obsessionnelle.
Voilà où nous en sommes, voilà où en est l’art, pictural tout du moins, car la musique et les lettres sont moins violemment frappées par ce syndrome.
Il serait donc téméraire d’affirmer que l’art contemporain est tombé dans l’insignifiance ou la futilité, car son caractère désacralisant joue comme un symbole des véritables enjeux de notre époque. Et pour comprendre cela, le déplacement à Toulon était aussi nécessaire que le beau est gratuit.