Accompagnement spirituel

 

Interview du P. Moïse Mouton, Père du Séminaire

(propos recueillis par R. Lécina)

 

– Père Mouton, en quoi consiste l’accompagnement spirituel des jeunes séminaristes ?

 – Du fait que l’on n’est plus dans une culture chrétienne, la plupart des jeunes qui se présentent au séminaire possèdent un petit bagage spirituel, avec, au mieux, l’expérience des JMJ : tout est donc à faire !

 Dans le travail de l’accompagnateur spirituel, trois choses sont importantes :

confirmer la vocation des jeunes,

suivre leur formation intellectuelle,

se soucier de leur capacité à vivre ensemble en frères.

 Notre travail consiste donc d’abord à amener les jeunes à mûrir leur appel à une vie de chasteté, à les laisser grandir et devenir des hommes sexués, à ne pas les culpabiliser, à les accompagner sur un chemin de liberté avec le Christ… Il s’agit de confirmer ce qui les a touchés, en respectant un choix qui s’inscrit dans une durée et une phase de discernement, en les amenant à comprendre qu’il n’y a pas seulement des vocations sacerdotales, mais aussi chrétiennes.

Cet accompagnement se fait au for interne (sans rapport avec l’extérieur) : en ce sens se noue une véritable confiance. Il ne s’agit pas seulement pour nous d’entrer dans un secret, mais de faire comprendre que ce lieu de parole est essentiel, que s’il commence ici, il devra se poursuivre dans le ministère. L’accompagnement spirituel est un lieu où dire JE : ce qui n’est pas facile, ni immédiat. Le ton est celui du compagnonnage, mais sans être à parité égale ! Je pense toujours à ce qui se passera quand le jeune sortira prêtre du séminaire : aura-t-il pris alors conscience de l’importance de ce lieu de parole pour la suite ? lorsqu’il sera seul en paroisse ?

 

– Votre rôle d’accompagnateur a donc aussi une dimension intellectuelle ?

 – En effet, l’accompagnement intellectuel va de pair avec l’accompagnement spirituel. Il faut pour le sacerdoce des qualités requises qui passent par l’apprentissage théologique et philosophique. Les différences sont très importantes entre les jeunes, certains entrent avec un bon niveau, mais d’autres n’ont pas beaucoup de culture. Or on n’est pas prêtre par seul désir ; s’il y a trop de lacunes du point de vue intellectuel, j’y suis sensible. La culture n’est pas seulement une nécessité livresque, l’humanité passe par la connaissance, on ne peut pas en faire l’impasse.

Le défi des premières communautés chrétiennes dans la culture grecque fut de transmettre la Bonne Nouvelle, le Christ, avec un vocabulaire profane. Notre défi est d’actualiser la Bonne Nouvelle à travers la langue et la culture d’aujourd’hui. Dans mon projet, je crois qu’on ne peut pas faire l’impasse du monde tel qu’il est, car Jésus n’a pas fait d’impasse.

 

–  Qu’est-ce qui vous semble enfin le plus déterminant dans votre rôle ?

–  La 3ème dimension de mon rôle de responsable de la formation est vraiment déterminante : elle consiste à avoir le souci de tout ce qui touche à la vie fraternelle, et c’est là le plus difficile ! Et cette dimension compte beaucoup pour le presbyterium, même s’il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine… La vie fraternelle ne consiste pas à vivre comme de vrais moines, mais de vivre ensemble, de partager des tâches ensemble, de prier et de parler ensemble. Et ça c’est rare ! Cette question est pour moi liée à celle-ci, capitale, et sur laquelle il est impossible de faire l’impasse : comment et où les séminaristes vivent-ils leur vie affective ? De la manière dont ils répondent à cette question dépend toute la qualité de leur vie de prêtre.

 

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